Comment devient-on révolutionnaire ?
La CFTC est connue pour être un syndicat dit « constructif », c'est-à-dire préférant le dialogue à la confrontation et le compromis à l'opposition, partant du constat que même si les intérêts de chaque partie sont divergents au départ, la conclusion d'un accord se révèle bien souvent être plus fructueuse pour les personnels que l'absence d'accord.
Sauf que pour dialoguer, il faut être deux. Et c'est là que le bât blesse : plus le temps passe et plus s'évanouit la volonté de dialogue social de la part de l'État patron : l'augmentation du point d'indice ne se discute plus, le régime des retraites doit être réformé dans la précipitation, la RGPP se met en place à la hussarde, la notion même de service public n'est plus évoquée.
Le dialogue social d'aujourd'hui est une notion vidée de son sens : les instances de dialogue ne sont plus que des chambres d'information puisqu'il n'y a rien à négocier, puisqu'on ne remplacera pas plus de la moitié des agents qui partent à la retraite, puisque si l'État dépense trop c'est que les fonctionnaires sont trop nombreux !
Le nouveau mode de représentativité syndicale qui entrera en vigueur en 2011 prévoit qu'un accord s'appliquera dès lors qu'il aura reçu l'aval de syndicats représentant plus de la moitié des salariés. Autant dire qu'il n'y aura plus d'accord possible ...
Si le dialogue social n'est plus qu'un paravent démocratique, si l'on nous martèle qu'il n'existe pas d'alternative, nous n'avons plus que deux solutions : se résigner ou se révolter. Et voilà comment on devient révolutionnaire ...
Alors comment agir syndicalement pour faire entendre sa voix ?
Les grèves d'un jour n'impressionnent plus vraiment un gouvernement qui non seulement les ignore, mais se réjouit de surcroît des retenues sur salaires qui seront opérés à cette occasion : c'est toujours ça de pris pour le budget de l'État, et ça de moins pour notre pouvoir d'achat ...
La grève générale, à laquelle certaines organisations aspirent, semble d'un autre temps, et correspond à une conception des rapports sociaux qui n'est pas celle de la CFTC, celle de l'exacerbation.
Comme d'autres exacerbent également l'opposition entre les usagers citoyens et les fonctionnaires grévistes, histoire de rendre encore plus impopulaire la notion même de grève.
Car pour qu'une grève puisse fonctionner désormais, il faut qu'elle ait le soutien de l'opinion publique, et qu'elle soit par ailleurs suffisamment gênante pour nos dirigeants.
On nous demande d'être efficients, d'atteindre des objectifs, de remplir des indicateurs, pour la performance du service public. Et malgré ça on nous dédaigne.
Et si l'on cessait d'être performants, si l'on n'atteignait pas les objectifs, si tous les indicateurs étaient en berne, est-ce que l'on nous mépriserait davantage ou est-ce que l'on nous écouterait enfin ?
CFTC-Douanes : sur un autre ton.