ECOLES & CSRH

ECOLES DES DOUANES ET CSRH :

FUSION ET CONFUSION

Le 1er décembre dernier, au cours d’un groupe de travail à l’ordre du jour assez chargé, l’administration nous a présenté ses projets concernant la future structure des écoles des Douanes, ainsi que la création des CSRH (centre de services de ressources humaines) qui ne manquera pas d’avoir des répercussions importantes sur notre fonctionnement interne.

Pour chacun de ces deux projets, le maître mot c’est : mutualisation. Mutualisation des emplois et des moyens, ce qui comme nous le savons tous est désormais synonyme de gains de productivité et de restitution de postes budgétaires.

1/ FUSION DES ECOLES DE ROUEN ET DE LA ROCHELLE

A l’horizon de septembre 2014, END de Rouen et ENBD de La Rochelle seront fusionnées sur le site de La Rochelle. Il ne s’agira pas d’une simple coexistence sur un même terrain, mais bien d’une fusion en une seule entité, avec une seule direction et un seul service administratif pour chapeauter l’ensemble. La DG affiche ici une volonté politique forte de rapprocher les deux branches Surveillance et Op/Co. Non seulement l’école sera unique, mais la formation des agents sera commune jusqu’à un certain point (notamment sur la partie théorique) avec des modules conçus pour « enraciner des pratiques de travail communes aux deux branches ». Presque une révolution ! L’idée (séduisante sur le papier) de prendre et de regrouper ce qu’il y a de meilleur dans chacune des deux écoles, et d’en faire profiter tout le monde, n’ira certainement pas sans faire grincer quelques dents quand il s’agira de la mise en pratique.

A La Rochelle, où tous le personnel de l’ENBD (enseignants et personnel administratif) étaient issus de la branche Surveillance et travaillaient en uniforme, on aura désormais du personnel mixte SU/AG-CO. Beaucoup d’habitudes très anciennes vont être bousculées et il y aura un juste point d’équilibre à trouver pour que les intérêts de tous soient respectés. Des problèmes de statut, de rémunération des enseignants par exemple, ne manqueront pas de se poser.

Un problème qui ne se pose pas, c’est celui de la place. Le site de La Rochelle comporte actuellement 10,5 hectares dont seulement 3 hectares sont bâtis. Le projet de fusion va nécessiter des constructions supplémentaires, aussi bien en bâtiments pédagogiques et administratifs que résidentiels. A terme, l’école devrait pourvoir accueillir 600 stagiaires (contre 400 actuellement). L’amphi sera agrandi, des salles de cours supplémentaires seront créées. Des lignes de tir seront ajoutées. Il est même prévu l’installation d’une « plate-forme technique » où dans des décors recréés (appartement, filtre d’aéroport…) les agents aussi bien SU que CO pourront s’exercer à leurs pratiques de travail. Un vrai petit Hollywood à La Rochelle ! En parallèle il est prévu que la formation des agents CO soit radicalement revue et réorientée vers une approche pragmatique du métier, sur l’idée de ce qui se fait aujourd’hui dans les formations SU.

C’est donc un projet énorme qui est dans les cartons, et dont le financement ne sera pas une mince affaire, même si a priori la DG ne semble pas trop inquiète de cet aspect du problème. Un cadre supérieur (DR) va être nommé d’ici la fin de l’année pour assurer le suivi et le développement de ce projet, et c’est là le plus savoureux de l’histoire. Où croyez-vous que ce cadre supérieur sera implanté ? Pas à Rouen… pas à la Rochelle… Mais à Tourcoing !

 Sur le principe, la CFTC n’est pas opposée à l’idée d’un rapprochement des cultures Surveillance et AG/CO. On a beau prôner l’unicité de la Douane, dans la pratique les mondes SU et CO sont bien différents et ne se fréquentent guère ; non seulement, pour des raisons d’efficacité de notre action, des « synergies » accrues nous paraissent souhaitables, mais en plus, à l’heure où les administrations se fissurent de toutes parts et où l’on entend sans cesse parler de rattachement de la Surveillance à tel ou tel ministère, il n’est probablement pas mauvais de ré-ancrer concrètement l’identité des agents dans une formation de base commune à tout le monde.

Cela dit, la période transitoire d’adaptation sera probablement délicate pour tout le monde, car avec la fin d’une école de La Rochelle exclusivement Surveillance, c’est une longue page d’histoire et de tradition qui va se tourner, ce qui ne va jamais sans traumatisme.

 

2/ CREATION DE « CENTRES DE SERVICES DE RESSOURCES HUMAINES »

A l’origine de la création de ces CSRH, on trouve un projet interministériel dit SIRHIUS, visant à redéfinir toute la chaîne RH-paye. SIRHIUS est le nom du système informatique qui remplacera le SIGRID, et son déploiement va s’accompagner d’une réorganisation des services RH jusqu’alors situés en DI pour l’ensemble des tâches.

Sur la même idée que CHORUS et de la création des CSP pour la dépense, il s’agit là encore de rassembler et de mutualiser les tâches de gestion non décisionnelles dans un ou deux centres dédiés à l’ensemble de la Douane, au lieu de laisser chaque DI effectuer ses propres opérations. Il s’agira majoritairement de tâches de saisie, de collecte de documents, puisque c’est là que les dossiers individuels des agents seront tenus. Le CSRH, gestionnaire administratif, sera l’interlocuteur privilégié (par interconnexion informatique) de l’ONP (Opérateur National de Paye), nouvel organisme qui a vocation, à terme, à régler les payes de l’ensemble des fonctionnaires d’Etat. C’est la fin des services Liaisons Rémunérations des TG, c’est la fin aussi, en DI, de toutes les tâches des services des personnels qui consistaient à mettre à jour les dossiers des agents, pré-liquider les payes, etc. Ce ne sera pas anodin.

Y aura-t-il un ou deux CSRH pour la Douane ? La question est à l’étude. Ce qu’il y a de sûr c’est qu’il y en aura un à Rouen, ville sinistrée et par la fermeture du CISD et par celle en 2014 de l’END. La DG a beau certifier que Rouen n’est pas une région attractive, les agents qui y travaillent actuellement ou qui souhaiteraient s’y installer voient sans doute cela d’un autre œil. Donc le premier CSRH ouvrira probablement à Rouen et les postes seront offerts à la campagne de mutation 2012. Les agents de Rouen affectés par la fermeture du CISD et par celle de l’END seront évidemment prioritaires.

S’il y a un seul CSRH, il regroupera une centaine d’agents. S’il y en a deux, Rouen proposera une quarantaine d’emplois, et le reste sera pour le deuxième centre. Naturellement ces postes ne seront pas créés de toutes pièces, mais pris sur les postes de gestion des RH en DI qui ont vocation à disparaître en même temps que leurs tâches. Les CSRH, selon ce que prévoit la DG, devrait comporter majoritairement des agents de catégorie A et B, et 15% d’agents C en moyenne. Les postes de A pourraient être « à profil ». Les tâches se répartiront entre gestion administrative et « fonction contact » qui concentrera les demandes et les questions.

Si deuxième centre il y a, celui-ci pourrait être implanté soit à Nantes, soit à Bordeaux, soit à Montpellier, trois régions réputées attractives qui auraient chacune bien besoin d’une telle implantation ! S’il y a deux centres, la DG se dirige plutôt vers l’idée de les spécialiser : un centre gérant les dossiers des agents de catégorie A (qui serait du reste le premier centre expérimental), et un autre gérant les dossiers des agents B et C. La CFTC n’est guère emballée par cette segmentation catégorielle des agents et des compétences, et l’a fait savoir à la DG.

 Sur le fonctionnement même de ces CSRH, et même si l’on distingue très bien les économies budgétaires en résultant (fondement même du projet), la CFTC est plutôt réservée. Ce qui nous inquiète, c’est le modèle de centralisation vers lequel on se dirige : lorsque vous appellerez pour avoir des informations sur votre dossier, vous tomberez sur des « téléconseillers » (sic), des agents chargés de la « fonction contact », qui ne vous connaîtront pas, noteront votre problème et essaieront ensuite de vous rediriger quelque part, s’ils ne savent pas vous répondre ! Que deviendront alors le rapport à la personne et le service de proximité ? Qui n’a jamais appelé sa mutuelle, son assurance, une hot line quelconque, pour tomber, après avoir composé une multitude de numéros d’options, sur une personne inconnue, située Dieu sait où, qui n’a accès à votre dossier que par un écran d’ordinateur, sans que vous puissiez jamais parler à la personne réellement en charge ? Ceci, d’autant plus que SIRHIUS prévoit aussi une fonction « libre service » permettant à chaque agent d’avoir un accès en ligne à son dossier individuel et de soumettre ses diverses demandes par la voie de formulaires dématérialisés ! Entrons-nous dans l’ère de la « ressource inhumaine » ?


CFTC-Douanes : sur un autre ton.